Des vignes en lyre dans les coteaux du Beaujolais

Vincent Audras est vigneron au Clos de Haute Combe à Juliénas. Et chez lui c’est pentu ! Il est sur une zone de « fort coteau », comme on en compte plusieurs dans le Beaujolais. Pour s’adapter à ces conditions de travail difficiles, il mène depuis plus de 20 ans une expérimentation avec des « vignes en lyre ». Un nom poétique pour des résultats très prometteurs.

« vignes en lyre » : Un nom poétique pour des résultats très prometteurs.

Vignes en lyre, qu’est ce que c’est ?

 

Vous voyez la lyre, l’instrument de musique en forme de U ? Eh bien les vignes en lyre lui ressemblent, elles sont en forme de Y. Dans le Beaujolais, les vignes en lyre sont très rares, vous n’en verrez que chez Vincent Audras. En 1990, il a commencé par planter ½ hectare. Une décision prise suite à un accident de tracteur, « sur la pente, l’enjambeur est parti à la retourne ». Un gros orage lui a aussi donné envie de chercher des solutions : « la terre a raviné, tout est descendu : les piquets, les greffes, la terre. Donc on cherchait quelque chose pour limiter l’érosion ». L’idée des vignes en lyre lui est venue en lisant un article sur la Bourgogne. Vincent Audras s’est rendu sur place, avant d’installer le même système chez lui. Imaginées par Alain Carbonneau, alors chercheur à l’INRA Bordeaux, les vignes en lyre sont conçues pour éviter les zones d’ombre, optimiser l’ensoleillement et la ventilation de la plante.

 

Un atout pour les vignes en coteau du Beaujolais

 

Les vignes en lyre, comment ça marche ? Contrairement à la taille traditionnelle du Beaujolais (en gobelet), les vignes en lyre sont espacées (3 mètres entre chaque rang) et hautes (elles montent à deux mètres). Pour transformer sa vigne, Vincent Audras a arraché deux rangs sur trois. Ce qui lui a permis de laisser pousser de l’herbe entre ses rangs. C’est idéal pour lutter contre l’érosion. Le vigneron a aussi beaucoup gagné en confort, fini le mal au dos : « on travaille debout, c’est un plaisir de travail retrouvé ». Autre avantage considérable : la diminution des intrants, « en 20 ans, on n’a pas utilisé un seul insecticide ». Cultivées en forme de Y, les vignes en lyre ont un angle d’inclinaison très précis. Dans ce mode de culture, une attention forte est portée à la photosynthèse. Le Y est pensé pour que les feuilles captent au mieux l’énergie du soleil, pour la redonner à toute la plante et aux raisins.

Au milieu des années 1990, la Sicarex, qui s’occupe de recherche vitivinicole, s’est intéressée à d’autres manières de conduire le vignoble du Beaujolais. En partenariat avec Vincent Audras, une expérimentation a été décidée en 1997 et est toujours en cours sur les vignes en lyre. Plusieurs fois par an, des équipes sont venues observer les ceps et récolter des données.

Et pour le vin, que change la vigne en lyre ?

 

Après plus de 20 ans, Vincent Audras ne voit que des bénéfices aux vignes en lyre. Que ce soit pour produire du Beaujolais Nouveau ou un cru du Beaujolais. Avec des baies à 80 cm du sol, « on a un raisin naturellement moins sensible à la pourriture et ça permet de vendanger un peu plus tard ». Autre atout, pour Vincent cela accentue le goût du terroir. Un travail important a été fait dans le Beaujolais pour répertorier les différents sols. Vincent Audras a noté que ce goût de terroir était encore plus affirmé dans ses vins : « la vigne est comme les arbres, plus il y a de végétation au dessus et plus il y a en dessous. Avec le fort développement végétatif de la vigne et la concurrence de l’herbe, la masse racinaire prospecte plus loin vers la roche mère ». La masse de feuille a aussi un impact sur la maturité des raisins.

L’expérience des vignes en lyre doit prendre fin après les vendanges 2017. Un rapport doit ensuite être rédigé, pour déterminer si ces vignes en lyre peuvent être plus largement autorisées dans le vignoble du Beaujolais. Affaire à suivre !

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